« Humanités numériques » et LLSHS : quelles « humanités » pour quels usages du « numérique » ?

, par valerie Marchand

Le sixième atelier PLATEM, plateforme portée par la MSH Sud dédiée au recueil et à la contextualisation de la parole des acteurs, portera sur « Humanités numériques et LLSHS : quelles humanités pour quels usages du numérique ? ».

Il aura lieu le 17 octobre 2019 à la MSH SUD (Montpellier, rue du professeur Henri Serre / arrêt de tram Place Albert Ier).

Appel à propositions :

Définies par ses promoteurs à la fois comme un domaine de recherche à part entière et une ingénierie au croisement des outils informatiques et des recherches en LLSHS (Langues, Lettres, Sciences Humaines et Sociales), les « Humanités Numériques » (ou « Digital Humanities ») interpellent les chercheurs dans leurs pratiques, questionnent les disciplines, et prétendent même annoncer une révolution paradigmatique. Force est de constater que l’informatique modifie profondément l’environnement de la recherche, depuis l’accès à des gisements de données (relevant notamment des « big data ») au recours à des solutions logicielles renouvelant les manières d’aborder le traitement qualitatif et/ou quantitatif des corpus LLSHS, en passant par le développement de formats de publication et de diffusion susceptibles de satisfaire l’injonction généralisée à la codification et à la mise à disposition (en « open access ») des matériaux de recherche ou des enquêtes elles-mêmes.

Dès lors, les « Humanités numériques » tendent à s’ériger en une trans- voire une méta-discipline : les disciplines LLSHS sont invitées à faire fi de tout ce qui les a distinguées et de tout ce qui contribue encore à les différencier, à s’unir au nom du « défi numérique » et, en son nom, à mieux faire porter leur voix dans un système de recherche de jour en jour plus concurrentiel. Pourtant, des infrastructures comme Huma-Num, qui défendent tout à la fois une « coordination de la production raisonnée et collective de corpus de sources » et « un dispositif technologique unique permettant le traitement, la conservation, l’accès et l’interopérabilité des données de la recherche » ne sont pas mobilisées par les disciplines LLSHS de la même manière. Alors que certaines sont déjà rompues à la production de corpus ou de données modélisées réutilisables, d’autres insistent plutôt sur la capacité à produire de nouveaux corpus ou sur le lien nécessaire entre délimitation du corpus et construction de la problématique de recherche.

Dans le cadre du séminaire MSH SUD PLATEM – donc à partir de ce qui fait sa spécificité : les enquêtes mobilisant la parole d’acteurs, de témoins et d’enquêtés –, ces enjeux nous incitent à dresser une sociologie plus fine des usages du numérique, des objets et des méthodologies de recherche. Numérisation de corpus, exploitation de corpus « nativement numériques », traitements statistiques outillés par l’informatique, fouille de textes (« text mining »), traitement automatique des langues (mais aussi du son et de l’image), réutilisation de corpus constitués par d’autres, nouveaux modes d’administration de la preuve, modélisation et infovisualisation, etc. : les usages visés, nombreux et variés, sont presque routiniers dans certaines disciplines, alors qu’ils suscitent le débat dans d’autres. Les « Humanités Numériques » tiennent-elles leur promesse de méthodologies « augmentées » par l’informatique et d’une forme de « science ouverte » – écartelée du reste, de manière peu questionnée, entre paradigmes libéral et libertaire ? Quels sont les effets de leur développement sur la division du travail scientifique – notamment entre et à l’intérieur des Lettres, Langues et Sciences Humaines et Sociales –, sur la place relative des disciplines, sur leur manière d’observer le monde social ? Quelles contraintes, déontologiques et scientifiques, pèsent sur la réutilisation de matériaux comme les témoignages ou les entretiens (sous forme enregistrée ou transcrite) ? Au-delà de ces questions, cette sixième séance du séminaire PLATEM entend offrir l’opportunité d’un débat à la fois entre représentants des LLSHS – dans toute leur diversité – confrontées au numérique, mais aussi avec les informaticiens.

Tous les formats de communication peuvent être proposés, de la communication analytique aboutie au retour réflexif sur une enquête en cours ou achevée.

Les communications devront tenir en 20 minutes maximum pour permettre le débat entre les participants et ainsi croiser les points de vue disciplinaires.

Merci d’envoyer vos propositions de communications avant le 10 septembre 2019 (nom et références de l’auteur, un titre et un résumé de quelques lignes) à :

julien.mary@mshsud.org

Les propositions seront sélectionnées par un conseil scientifique composé de François Buton (Science politique, DR CNRS, UMR Triangle, ENS Lyon), Emmanuelle Cheyns (Socio-économie, Cirad, UMR MOISA, Montpellier) et Julien Mary (Histoire, MSH SUD / UPVM3, CRISES, Montpellier).

Voir en ligne : 6ème Séminaire Maison des Sciences de l’Homme Sud « PLATEM »

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